Chine et normalisation
Connexions n°52, novembre - décembre 2009

 

En efficacité énergétique et en système de gestion de l’énergie, la Chine veut être une force de proposition dans l’élaboration des normes ISO.

Jean-Jacques Marchais, directeur réglementation et normalisation efficacité énergétique chez Schneider Electric, spécialiste mondial de la gestion de l’énergie, représente son groupe dans la plupart des grandes instances mondiales de normalisation.

 

Connexions : Pourriez-vous nous dire si, comparativement, la politique de réglementation et de normalisation chinoise en matière d’efficacité énergétique est à la hauteur des ambitions du pays ?
Jean-Jacques Marchais : En matière d’efficacité énergétique, la Chine fait preuve d’ouverture et a mis en place une réglementation relativement étoffée qui s’appuie de façon constructive sur une comparaison de son système réglementaire avec les systèmes occidentaux, notamment européen. Ainsi, sur l’étiquetage des produits efficaces énergétiquement, sa réglementation n’est pas très éloignée dans le principe des directives européennes.
La Chine est donc clairement en avance, tant par rapport à d’autres pays émergents que face à des pays matures. Elle a mis en place un travail de benchmarking pour faire évoluer sa réglementation. En ce qui concerne l’application de cette réglementation, en Chine comme ailleurs, les décrets doivent être précisés, les filières bien organisées et les personnes compétentes formées pour assurer le contrôle du management. Des métiers nouveaux naissent. Certains pays peuvent être un peu plus en avance et le benchmarking est une solution de progrès.
Quant au système normatif orienté vers l’efficacité énergétique, il est déjà extrêmement construit en Chine, aussi bien pour les produits que pour les méthodes de calcul des économies d’énergie dans l’industrie, comme en témoigne le plan des 1000 industries*.
A l’international, la Chine est très active. Elle copréside avec le France le SAGE (Strategic Advisory Group on Energy Efficiency), un comité stratégique ISO dédié à l’efficacité énergétique, et elle collabore avec les Etats-Unis dans l’ISO PC242 qui travaille actuellement sur la norme internationale en cours d’élaboration des systèmes de gestion de l’énergie (ISO 50001)**. La Chine y est une réelle force de proposition.
C. : Derrière tout cela se profile le grand marché de la « décarbonisation de l’économie ». Un marché en pleine expansion. Les Chinois sont-ils bien placés sur ces nouveaux marchés ?
J.-J. M. : La Chine bénéficie d’atouts non négligeables, que ce soit dans l’amélioration de l’efficacité énergétique ou dans le développement des énergies renouvelables, deux des principaux leviers dans la lutte contre le réchauffement climatique.
Dans ce combat, tous les grands pays se sont fixé d’ambitieux objectifs d’ici à 2020. L’efficacité énergétique constitue la réponse la plus simple, efficace et rapide pour répondre à ce challenge, alors que l’impact des énergies renouvelables ne se fera sentir que dans un second temps, entre 2020 et 2050. Aujourd’hui, les technologies d’efficacité énergétique sont disponibles et permettent de réduire jusqu’à 30 % de la consommation globale !
Alors que les pays matures devront à 80 % travailler sur les installations existantes pour atteindre leurs objectifs, les pays émergents, dont la Chine, auront à intervenir sur l’existant mais également sur les nouvelles installations. Pour la Chine, la question fondamentale est aujourd’hui de savoir comment elle va répartir ses investissements entre les nouvelles technologies et la rénovation de l’existant.
C. : Etes-vous optimiste sur la capacité de la Chine à répondre concrètement aux défis ?
J.–J. M. : La Chine a pleinement compris et intégré les enjeux environnementaux actuels. Des actions claires en termes réglementaires et normatifs ont été entreprises. Il y a une ouverture, un souci de comparaison avec ce qui se fait dans différentes zones. Le grand challenge de la Chine, et il s’applique également aux autres pays, c’est de mettre en place les compétences et les filières. Nous avons entamé de nombreuses coopérations en R&D avec des grandes universités et ça fonctionne. Nous pouvons être énergétiquement optimistes !

Propos recueillis par Anne Garrigue

* En 2005, le gouvernement chinois lançait un plan de réduction de la consommation énergétique par unité de PNB de 20% à l’horizon 2010. Un des outils-clés pour y parvenir était le programme de « Top 1000 », imposant aux mille entreprises les plus grosses consommatrices (33% de l’énergie nationale et 47% de l’énergie industrielle en 2004) de réduire de façon précise leur appétit.
** Norme de management dans le principe ISO 14001 pour l’environnement ou ISO 9001pour la qualité