Connexions n°52, novembre - décembre 2009
Li XIAOFENG est professeur associé de l’Institut d’architecture de l’Université de Qinghua et membre de du bureau de gestion des labels verts auprès du Green Building Label Management Office qui relève du Ministère chinois du Développement rural, de la Construction et du Bâtiment.
Lancé avant les Jeux Olympiques, la certification chinoise des buildings (GBL) continue de s’affiner et d’évoluer.
Connexions : Quand la certification chinoise des buildings a-t-elle été lancée ?
Li Xiaofeng : Le ministère chinois du Développement durable, de la Construction et du Bâtiment a mis sur pied un bureau de gestion des labels verts où se retrouvent des spécialistes dont je fais partie. Ce bureau (GBLMO) vise à promouvoir et améliorer le label vert des bâtiments de bureaux, d’habitations. Le Green-Building Label se développe depuis 2006. Mais dès 2003, nous avons mené une première étude comparative de la quarantaine de labels existants dans le monde et défini les premières normes et règles pour des bâtiments économes (maisons et buildings). Quatre critères ciblaient l’économie du bâtiment et deux la protection de l’environnement. Les quatre premiers s’attachaient à l’économie d’énergie (chauffer moins et mieux), de l’eau (qui doit être recyclée en partie : l’eau de douche étant récupérée pour les toilettes par exemple), des matériaux dont 10% du poids doit pouvoir être recylcées, et de l’espace (le minimum possible de surface occupée). Les deux critères environnementaux visaient la protection extérieure du bâtiment, les exigences de confort minimal et de surface constructible.
C. : Ces travaux ont donné naissance au label GOBAS peu de temps avant les Jeux olympiques ?
L. X.: Effectivement. Sous l’étiquette GOBAS (Green Olympic Building Assessment System), nous avons labellisé le « Bird Nest » (Nid d’oiseaux), le Water Cube (la piscine olympique) et le village olympique, ainsi que des hôpitaux, des écoles, des bureaux construits juste avant les Jeux. Par la suite, nous avons affiné notre démarche en élaborant deux types de certification : le label GBDL (Green Building Design Label) qui s’attache à la conception du bâtiment sur plan avant la construction et le GBL (1, 2 ou 3 étoiles) qui s ‘attache à la construction elle-même. Ces labels s’appliquent aux bâtiments publics et aux immeubles de bureaux, écoles, campus, stades ou résidences. Au sein du bureau des labels verts, nous travaillons aussi à la certification des bâtiments industriels et des usines. Par ailleurs nous devons adapter nos critères à toute la Chine, en tenant compte des disparités climatiques et géographiques. Si en Mongolie intérieure, il y a beaucoup de terrains disponibles, mais peu d’eau, à Wuhan, par exemple, c’est tout le contraire.
C. : Quel a été le premier bâtiment chinois certifié par le Green Building Label chinois ?
L. X. : L’Institut des sciences de la construction de Shanghai, en 2008, qui avait valeur de test nous a permis de cerner l’efficacité des systèmes mis en place. Hors test, le premier et seul bâtiment certifié à ce jour avec 1 étoile est le siège social de la China Bank à Pékin, à l’ouest de la Cité Interdite. Actuellement, trente bâtiments sont en cours de certification, mais nous pensons que seulement 20 à 30% d’entre eux décrocheront les 3 étoiles. Parmi eux, figureront quelques pavillons de l’Exposition universelle.
C. : Certains bâtiments ayant obtenu une certification internationale, visent-ils le Green Building Label ?
L. X. : Les bâtiments déjà certifiés LEED (le label privé américain) n’arrivent pas nécessairement à décrocher le GBL 3 étoiles. Les labels LEED ou BREEAM (label britannique le plus ancien) jouent avec un système de compensations. Un confort intérieur de grande qualité peut compenser une performance médiocre sur un autre critère. En revanche, notre label GBL 3 étoiles évalue chaque critère séparément. D’où la difficulté d’obtenir les « trois étoiles ». LEED, qui a une vocation très commerciale, fournit un rapport qui permet d’évaluer le bâtiment alors que GBL 3 étoiles s’appuie sur les plans de construction, enregistrés par les autorités locales, qui servent de base incontournable pour la vérification des critères.
C. : Comme référence internationale, vous citez souvent le label japonais CASBEE…
L. X.: Avec notre bureau d’évaluation des lables, nous apprécions la démarche de CASBEE, défini par le gouvernement japonais. Ce label ne poursuit aucun objectif commercial, mais vise la règlementation. Notre label est défini par le gouvernement, au sein du MOHURD. Nous avons besoin de simplifier encore notre système de certification et sans doute il faudra encore attendre un ou deux ans pour gommer les défauts actuels et avoir un meilleur contrôle des procédures de certification. Le MOHURD qui s’appuie sur les experts, les centres de recherche, les instituts et les écoles, y travaille.
C. : Des incitations financières sont-elles prévues par le gouvernement ?
L. X. : Oui. Ces incitations proviennent du gouvernement central ou des provinces sous forme de réductions ficales ou de prêts prioritaires. La demande est formulée par le MOHURD, généralement auprès du ministère des Finances.
Propos recueillis par Christine SIMON








