Les engagements pour 2020
Connexions n°52, novembre - décembre 2009

La conférence de Copenhague s’est conclue par un seul engagement chiffré qui est celui de ne pas dépasser deux degrés de réchauffement pour la température mondiale à l’horizon 2050. Les engagements individuels annoncés par les principaux pays avant cette conférence restent donc les mêmes aujourd’hui et aucun mécanisme international n’a été mis en place pour en vérifier la mise en œuvre. L’Union européenne s’était engagée à réduire de 20% ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990. Les Etats-Unis ont annoncé un objectif de 17% de réduction, mais par référence à l’année 2005, ce qui correspond à une baisse de seulement 4% sur 1990. La Chine a pour sa part annoncé qu’elle réduira de 40 à 45% l’intensité carbone de son économie (c’est-à-dire la quantité de carbone consommée par unité de PIB) d’ici 2020. C’est un objectif qui n’est donc pas un engagement en valeur absolue.
L’ensemble des chiffres, que nous commentons, qu’il s’agisse des évolutions comparées des émissions globales, des émissions par habitant ou de l’intensité carbonique, montre clairement que le G2 sino-américain jouera un rôle absolument décisif pour atteindre l’obectif d’une augmentation de température limitée à 2% à l’horizon 2050. Il est aussi important, pour les entreprises et les gouvernements européens, d’investir massivement aux Etats-Unis et en Chine pour améliorer l’intensité carbone de ces deux pays que de poursuivre l’action engagée en Europe.

Hubert Testard,
Chef de la Mission économique Chine
Calculs réalisés par Jean-Quentin Heitz à partir des données ERI, UNdata et Eurostat

 

Emissions globales

Ces tableaux présentent les évolutions des émissions globales des trois principaux acteurs économiques mondiaux.
Pour les établir, nous avons, dans le cas de la Chine, fait une hypothèse de croissance moyenne de 8% annuel sur la période 2005-2020, sachant que, sur la période 2005-2010, la croissance chinoise est déjà de l’ordre de 10% par an.
Nos calculs montrent que la Chine, dont le PIB est multiplié par 3,2 sur cette période, voit ses émissions progresser de 74% pour atteindre 12,6 milliards de tonnes équivalent CO2, soit davantage que les Etats-Unis et l’Union européenne réunis. Les Etats-Unis diminuent leurs émissions de 1,2 milliard de tonnes, et l’Union européenne de 0,76 milliard de tonne. La progression des émissions chinoises est donc 2,5 fois plus importante que la réduction combinée des Etats-Unis et de l’UE. Ce que la France économise en équivalent CO2 représente 2% des émissions supplémentaires chinoises.
Cela veut-il dire que l’engagement chinois n’est pas réellement contraignant ? Si l’on se réfère à l’amélioration moyenne de l’efficacité énergétique enregistrée par la Chine sur la période 1990-2005, l’objectif annoncé à l’horizon 2020 ressemble effectivement à du « business as usual ». Mais si l’on tient compte de la période récente, où l’explosion de l’industrie lourde en Chine s’est traduite par une forte augmentation de l’intensité énergétique de la croissance chinoise, l’effort envisagé est significatif.
Dans le cadre du 11e plan, les autorités chinoises ont fixé un objectif d’amélioration de l’efficacité énergétique de 20% sur 5 ans, ce qui correspond à une amélioration annuelle de 4,3%.
La cible annoncée pour 2020 est exprimée désormais en « efficacité carbonique »* et non plus en efficacité énergétique. Elle représente une amélioration annuelle de 3,9%, légèrement inférieure à celle du 11e plan. Si la Chine parvenait à maintenir sur 15 ans le rythme d’amélioration du 11e plan, elle améliorerait de près de 50% l’efficacité carbonique de sa croissance, ce qui permettrait d’économiser 1,15 MdteCO2 par rapport à la cible de 45%, soit autant que l’objectif de réduc-tion fixé par les Etats-Unis actuellement.
Si elle pouvait aller à 60% d’amélioration, c’est 3,5 MdteCO2 qui seraient économisés. On voit bien que l’intensité de l’effort engagé par la Chine aura un impact déterminant sur le niveau des émissions mondiales. La Chine a probablement la capacité de faire mieux que l’engagement annoncé avant Copenhague. La cible qu’elle se fixera pour le 12e plan sera un indicateur précis du niveau l’ambition qu’elle se donnera au plan intérieur.

 

Emissions par habitant

Pour déterminer les émissions par habitant en 2020, nous avons pris en compte les évolutions de population. Selon les statistiques des Nations Unies, c’est la population américaine qui va progresser le plus rapidement (+14,5% sur 15 ans) devant la Chine (+7,6%) et l’Union européenne (+4,6%). Nos calculs montrent que le niveau des émissions chinoises par habitant devrait rejoindre celui de la France en 2013 et la moyenne européenne vers 2019-2020. Il resterait inférieur de moitié à celui des Etats-Unis malgré l’amélioration de près de 30% des émissions américaines par habitant. Ces données par habitant montrent à quel point les Etats-Unis sont en retard dans la bataille contre le changement climatique.

 

L’intensité carbone et son évolution

Si l’on prend un troisième angle, qui est celui de l’intensité des émissions de carbone par unité de PIB, la Chine a un long chemin à parcourir pour se rapprocher des pays de l’OCDE en raison du poids de son industrie, en particulier son industrie lourde. Les chiffres donnés ici pour 2020 se fondent sur une croissance annuelle moyenne de 8% pour la Chine, 2,5% aux Etats-Unis et 2% en Europe. On voit que la quantité de carbone émise par unité de PIB était en 2005 en Chine 6 fois supérieure à celle des Etats-Unis, 9 fois supérieure à l’Union européenne et 13 fois plus importante que celle de la France. Ces ratios n’évoluent que modérément à l’horizon 2020 car tous les pays améliorent sensiblement leur efficacité carbone sur cette période.

* L’efficacité carbonique est inversement proportionnelle à l’intensité carbonique. Plus la quantité d’émission de carbone par unité de PIB décroit, plus l’efficacité carbonique s’améliore.