Les "subprimes"

 

La Chine n’est pas à l’abri

Connexions n°47 oct-nov 2008

10 milliards de dollars.

Ce serait selon M. Ma Delun, vice-gouverneur de la People’s Bank of China, le montant total de l’exposition des banques chinoises aux créances dites subprimes. S’il pèche sans doute par excès d’optimisme, il est vrai que les eaux de la finance chinoise sont étonnamment étales en comparaison des flots déchaînés qu’on observe ailleurs. 10 milliards de dollars, ça représente moins d’un pour cent des actifs détenus par les banques chinoises. Autant dire qu’il n’y a pas de quoi les mettre en danger.

Les banques chinoises sont-elles si sages qu’elles se sont tenues à l’écart ce qu’on qualifie désormais de « produits toxiques » ? Probablement pas… En réalité, leur comportement fut forcé, pour l’essentiel en raison du régime de change. La monnaie chinoise n’est pas librement convertible ce qui a deux conséquences essentielles. D’abord, étant donné que l’une des fonctions des « produits dérivés » est de couvrir les risques de change, le système financier chinois n’a pas (encore) atteint un niveau élevé de sophistication. Les produits de l’ingénierie financière, s’ils ne sont pas inconnus en Chine, y sont d’apparition récente et n’ont pas atteint des volumes d’échange comparables à ceux des pays en crise. Loin s’en faut. Ensuite, les opérateurs de marché sont contraints par le régulateur à limiter leurs investissements à l’étranger : ils sont soumis à une licence appelée « QDII » pour Qualified Domestic Institutional Investor et à un quota limitatif – environ 40 milliards de dollars à cette date (dont seulement la moitié serait utilisée). Cette mesure – décriée auparavant pour son caractère étouffant – s’avère une digue efficace contre la crise.

La Chine n’est pourtant pas à l’abri, comme en témoigne d’ailleurs les inquiétudes exprimées par les autorités et le soutien inconditionnel apporté aux différents plans de sauvetage américains. Mais ce ne sont pas les banques qui sont en première ligne, plutôt le fonds souverain CIC (China Investment Corporation) et la SAFE (State Administration of Foreign Exchange), institutions en charge de la gestion des importantes réserves de change de la Chine. Essentiellement investies en dollars, ces réserves présentent désormais un risque élevé. La « nationalisation » des agences américaines Fannie Mae et Freddie Mac a dû faire pousser un grand « ouf » de soulagement aux dirigeants de la SAFE, dont on pense que 25 % des fonds y étaient investis. So far so good, mais la Chine n’est pas si sereine qu’on voudrait le croire.

Vulnérable, la Chine l’est à deux titres. Elle peut craindre une contagion financière en provenance de la très internationalisée Hong Kong, chahutée par les marchés depuis plusieurs semaines. Surtout elle doit affronter ses propres démons intérieurs – bulle boursière, bulle immobilière, tensions inflationnistes, ralentissement de la croissance… – dans un contexte mondial devenu défavorable.

Peu affectée par la crise jusqu’à maintenant, mais pas encore sortie d’affaires, la Chine doit trouver le bon équilibre de politique économique pour éviter tous les écueils. Le passage est étroit.

Par Yann Marin - Conseiller financier, adjoint au chef de la Mission économique