Pour doper sa production céréalière, la Chine s’oriente de plus en plus vers la production d’OGM.
La récolte du riz dans la province du Guangxi. © Imagine China
Pour répondre aux besoins d’une population croissante dont le niveau de vie s’améliore rapidement, la Chine entend augmenter sa production céréalière de 530,9 mds de tonnes en 2009 à 550 mds de tonnes en 2020. Le pays à décidé pour cela d’investir 3,5 milliards d’euros pour développer une gamme étendue d’OGM locaux en mettant l’accent sur la recherche sur le riz.
Fin 2008, le Premier ministre chinois Wen Jiabao expliquait devant l’Académie des Sciences de Chine (CAS) que « pour résoudre les problèmes alimentaires, nous devons utiliser la science, les biotechnologies et les OGM ». Et qui dit alimentation dans l’empire du Milieu dit forcément culture intensive du riz. C’est donc autour de cette céréale reine que se concentre la recherche, mais également le débat local sur les OGM. Leader mondial avec 26% du total produit sur la planète, le pays a produit pas moins de 190 millions de tonnes de riz en 2009. La production chinoise augmente néanmoins de manière trop lente depuis 2005 pour atteindre l’objectif d’une croissance de 20% d’aujourd’hui à 2030, niveau requis pour satisfaire les besoins anticipés de la population.
La Chine développe ainsi depuis des années la recherche sur le riz OGM mais les autorités se sont toujours montrées prudentes pour passer à l’exploitation à grande échelle car l’incidence sur la biodiversité est encore mal connue.
La Chine compte plus de 60 000 espèces de riz différentes. Grâce à ce patrimoine génétique ont pu être élaborées des espèces hybrides à haut rendement cultivées localement et qui assurent l’autonomie du pays. L’introduction massive de riz OGM risque d’entraîner la disparition d’autres variétés, en particulier les espèces sauvages déjà menacées par l’expansion des activités humaines.
Bientôt dans les bols chinois
Jusqu’à présent, six espèces développées localement étaient cultivées sur des parcelles expérimentales mais aucune n’avait encore obtenu une licence de commercialisation. Le ministère de l’Agriculture a passé fin novembre dernier une étape importante vers la commercialisation de deux espèces de riz OGM en délivrant les certificats de biosécurité. Les deux variétés concernées, le « Huahui N.1 » et un hybride « BT shanyou 63 », ont été élaborées par la Huazhong Agricultural University. Il s’agit de riz dit BT conçu pour résister à des insectes nuisibles via l’expression d’une toxine produite à la base par une bactérie (Bacillus Thuringiensis). Selon les experts chinois, l’introduction du riz BT permettrait à terme de diminuer de 80% l’usage d’insecticides et d’augmenter la productivité de 8%.
Pour Huang Dafang de l’Académie des Sciences Agricoles de Chine et membre du Comité sur la Biosécurité, « l’utilisation des technologies transgéniques est une tendance inévitable dans l’industrie agricole globale, y compris en Chine, et permettra au pays d’atteindre ses objectifs en vue de nourrir sa population. La commercialisation effective débutera d’ici 3 à 5 ans après les derniers tests à grande échelle et la multiplication des semences »
Tous les scientifiques chinois ne soutiennent cependant pas l’introduction rapide du riz OGM à l’image de Jiang Gaoming, responsable de l’Institut de botanique de l’Académie des Sciences de Chine : « Les certificats ont été délivrés trop tôt. Quels seront les impacts sur la biodiversité et sur la sécurité alimentaire d’une telle introduction ? Autant de questions qu’il faut étudier attentivement avant une potentielle commercialisation ».
Des inquiétudes relayées vers le grand public par des ONG écologiques locales, en particulier Greenpeace China très active sur ce sujet des OGM. L’opinion publique chinoise semblait au départ plutôt mieux disposée sur le transgénique que ses consœurs européennes mais, échaudée par des scandales à répétition sur la sécurité alimentaire, elle se mobilise rapidement pour obtenir le droit de choisir et d’être informée.
L’aspect « risque de perte des variétés locales » est également un argument qui sensibilise les paysans dans les zones de culture, anxieux de devenir totalement dépendants des producteurs de semences « High Tech ».
Plus globalement, on cultive déjà en Chine du coton OGM (BT), des papayes et des peupliers. Une tomate transgénique a également été proposée sur le marché mais sans rencontrer de succès commercial. A l’opposé, introduit en 1996, le coton BT représentait 70% des espèces cultivées dans le pays en 2007. Selon Philippe Lessard, chercheur français spécialiste des OGM et travaillant à Shanghai pour l’entreprise Limagrain, le riz OGM devrait suivre la même trajectoire que le coton. Il représenterait donc à terme la majorité des variétés cultivées dans le pays.
En même temps que les deux variétés de riz, un maïs OGM développé en Chine a également reçu son certificat de biosécurité. Il s’agit du premier maïs OGM autorisé au monde conçu pour produire de la phytase, un additif alimentaire pour animaux obligatoire en Europe et permettant de dégrader l’acide phytique contenu dans les plantes. Il devrait être accessible sur le marché d’ici deux à trois ans comme le riz OGM.
Il ne fait finalement aucun doute que le transgénique s’implante durablement dans le paysage agricole chinois. Reste à voir l’évolution de la mentalité des consommateurs et agriculteurs locaux et comment le pays gérera l’ouverture aux semences OGM de grands producteurs étrangers comme le puissant groupe Monsanto. Signe de l’importance du marché chinois pour ce dernier, il a ouvert fin 2009 un centre de R&D au cœur de Zhongguancun, le quartier High Tech de la capitale.
Nicolas Sridi
Un monde sans Google est-il possible ?
Lundi 22 mars 2010, les internautes essayant de se connecter à la version chinoise de Google (google.cn) sont surpris d’être automatiquement redirigés vers une version non censurée du moteur de recherche. Ce sera la dernière pirouette de Google avant de quitter définitivement la Chine.
Qui aurait pu imaginer un tel scénario ? La première société du Web claquant la porte du plus vaste marché au monde de l’Internet…
Avec ses 400 millions d’internautes, soit deux fois la taille du web américain, la Chine est en effet devenu un véritable Eldorado du Net. Et ce n’est pas tout, car se prépare déjà un autre tsunami numérique, celui du mobile. Avec plus de 700 millions de d’aficionados, un autre record mondial, la Chine se prépare à finaliser la transition de son infrastructure Telecom vers les réseaux mobiles haut-débit 3G et 4G.
Ainsi Google est non seulement privé du formidable potentiel de l’Internet chinois, mais également de celui, peut- être plus important encore, que représente le marché du téléphone mobile.
Une punition d’autant plus sévère si l’on réalise que depuis plusieurs années, le géant californien de Mountain View concentre tous ses efforts à la construction d’un nouvel empire fondé sur le marché de la téléphonie mobile. « Si le PC a permis au premier milliard d’internautes de se connecter à l’Internet, c’est par le téléphone mobile que nous atteindrons le second milliard ». La vision d’avenir des fondateurs de Google est claire : le futur de l’Internet sera mobile ou ne sera pas.
Pour développer cette stratégie, Google a tout d’abord misé sur un cheval de Troie nommé Android, un nouveau système d’exploitation lui permettant d’introduire tous ses services dans les téléphones mobiles. Plus récemment, le NexusOne (aussi appelé « Google Phone ») est venu renforcer les fondations de sa stratégie. De même qu’Apple a réussi à conquérir des pans entiers de l’industrie numérique en commençant par vendre des lecteurs (iPod, iPhone et désormais iPad), Google espère faire de même en commercialisant son nouveau téléphone NexusOne qui embarque par défaut tous les services de Google, sans avoir besoin de l’accord préalable des opérateurs télécoms ni même des constructeurs de mobiles.
Avec la Chine, Google était sur le point d’abattre une troisième carte décisive.
C’est en effet, dans l’empire du Milieu que le système d’exploitation Android a réussi à se développer le plus rapidement en proposant une véritable alternative aux technologies dominantes de Microsoft et Symbian. De quoi séduire les autorités chinoises ! Mais depuis « l’affaire Google », la bénédiction des autorités locales a disparu. Désormais, sous la pression du gouvernement, toutes les alliances stratégiques réalisées par Google avec les opérateurs télécoms chinois et les constructeurs sont en train de se défaire. China Unicom, fort de ses 150 millions d’abonnés a ainsi annoncé sa préférence pour coopérer avec des acteurs respectant les lois chinoises. Motorola a pour sa part annoncé que ses téléphones vendus en Chine n’embarqueraient plus le moteur de recherche de Google. Peu à peu, la Chine se prépare donc à vivre dans un monde sans Google.
Patrice Nordey, Managing Director (Asia) L’Atelier BNP Paribas
L’Atelier BNP Paribas est le centre de veille technologique et d’innovation de BNP Paribas. Présent à Paris, San Francisco et Shanghai il décrypte depuis plus de 30 ans l’impact du digital sur la société et dans le monde des entreprises.L’Atelier conseille les grands groupes et les startups sur leur stratégie d’innovation. www.atelier.fr








