Réchauffement climatique : la Chine se prépare
Connexions n°52, novembre - décembre 2009

 

Sommaire du dossier

© Imagine China

 

Le sommet de Copenhague s’est terminé sur une forte déception. Après deux jours de discussions entre vingt-sept chefs d’Etat ou de gouvernement, « l ‘Accord de Copenhague », qui n’a pas valeur de traité, s’est révélé très en-deçà des attentes que le sommet avait suscitées. Certes, il affirme la nécessité de limiter le réchauffement planétaire à 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle, mais il ne comporte aucun engagement chiffré de réduction des émissions de gaz à effet de serre et se contente de prôner la « coopération » pour atteindre un pic des émissions « aussi tôt que possible ». Aucune contrainte n’est mise en place pour atteindre « l’objectif de 100 milliards de dollars par an en 2020 » consacré à la lutte anti-réchauffement climatique et le protocole de Kyoto, qui engageait les pays développés signataires à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre d’au moins 5 % sur la période 2008-2012 par rapport à leur niveau de 1990, n’est mentionné qu’accessoirement, sans que soit envisagée sa prorogation au-delà de 2012.
Seules notes positives, l’accord prévoit un financement à brève échéance de 30 milliards de dollars (21milliards d’euros) pour aider les pays pauvres et valide le mécanisme de lutte contre la déforestation REDD-Plus. Il demande aussi que les pays communiquent « tous les deux ans » les actions de réduction des émissions qu’ils entreprennent. C’est un premier pas de la part des pays émergents vers une participation à un régime général de réduction des émissions, mais il se fait sur une base uniquement volontaire et sans que ces actions puissent être sujettes à une vérification internationale. C’est la fin du principe contraignant adopté pour le protocole de Kyoto.
La Chine, à Copenhague, a refusé catégoriquement toute vérification internationale qu’elle considère comme une atteinte à sa souveraineté. Aux reproches qui pourraient lui être adressés, elle a répondu par avance par la voix de son Premier ministre Wen Jiabao, présent le 18 décembre dans la capitale danoise : « Nous honorerons notre parole par des actes. Quel que soit le résultat de la conférence ».
Quels sont ces actes ? Comment et jusqu’où la Chine s’engage-t-elle, de fait, dans la lutte contre le réchauffement climatique ? C’est le thème de ce dossier, préparé avant Copenhague.
L’équipe de Connexions a demandé à des entreprises françaises et chinoises et à des experts, tous présents en Chine, de faire part de ce qu’ils faisaient dans ce pays, tout en estimant l’effort entrepris depuis quelques années par la Chine, tant en matière de production d’énergies moins émettrices de gaz à effet de serre, qu’en matière d’économies d’énergie.
L’impression générale tirée de ce dossier est celle d’un engagement, indéniable, dont les raisons sont, certes, écologiques mais aussi liées à la volonté chinoise d’assurer la sécurité de ses approvisionnements énergétiques et de gagner des parts de marché sur les produits et les services associés aux économies d’énergies et aux énergies propres.
Le gouvernement chinois reconnait la menace que fait peser sur la Chine le réchauffement climatique. Un livre blanc publié en octobre 2008* souligne son impact sur les différents écosystèmes naturels. Il établit notamment que les frontières des forêts remontent déjà vers le nord et qu’en leur sein, les maladies et les insectes nuisibles se multiplient ; que le pergélisol, sol toujours glacé, remonte en altitude et diminue en surface, que les glaciers du nord-ouest chinois rétrécissent, faisant peser une menace sur l’écosystème oasien. Selon ce même Livre blanc, le changement climatique devrait renforcer** la fragilité des écosystèmes, diminuer les zones de répartition de forêts et le nombre d’espèces d’arbres rares, élargir la portée des maladies et des insectes ravageurs forestiers et augmenter la fréquence des incendies de forêts.
Un rapport de l’ONU sur le climat établit que les glaciers de l’Himalaya, sources des plus grandes rivières d’Asie — Gange, Indus, Brahmapoutre, Yangzi, Mékong, Huang He — pourraient disparaître d’ici 2035 alors que 2,4 milliards de personnes vivent dans le bassin versant de ces rivières issues de l’Himalaya. La Chine comme l’Inde, le Pakistan, le Bangladesh, le Népal et la Birmanie pourrait éprouver des inondations suivies de sécheresses dans les prochaines décennies. Les températures dans cette région ont déjà crû de 0,15 °C à 0,6 °C tous les 10 ans au cours des 30 dernières années.
L’organisation WWF, qui a mis en place des projets pilotes destinés à montrer au gouvernement et aux communautés locales comment mieux s’adapter aux effets du changement climatique, estime, quant à elle, que le fleuve Yangzi manque déjà d’eau à cause de la fonte des glaciers qui reculent de 10 mètres par an sur la zone Est de l’Himalaya. Selon WWF, cette fonte des glaces affectera gravement la vie des populations humaines, notamment agricoles, et la biodiversité : d’abord par des inondations et débordements de lacs de montagne, puis par la pénurie d’eau.
D’autres conséquences pourraient, à long terme, menacer la Chine telles que l’élévation du niveau de la mer inondant les grandes façades côtières urbanisées, la baisse de la biodiversité autour de la Mer de Chine Méridionale, la multiplication des ouragans et des périodes de sècheresse…

Protéger la terre chinoise
Pour illustrer cet impact du réchauffement climatique sur la géographie chinoise, nous avons sélectionné les photos qui jalonnent ce dossier. Elles n’ont aucune prétention scientifique. Nous ne démontrons pas qu’il y a des liens directs de cause à effets entre le réchauffement climatique et les catastrophes écologiques dont nous faisons état. Mais il nous semblait nécessaire de faire sentir la réalité de la menace, telle qu’elle est déjà perçue par la communauté scientifique, de grandes ONG, une partie de la population chinoise et les autorités elles-mêmes.
Le philosophe Michel Serres commentait à l’issue du sommet de Copenhague2 : « On a oublié d’inviter à Copenhague un partenaire essentiel, composé d’air, de feu, d’eau et d’êtres vivants. Cette absente, qui n’a encore jamais siégé dans aucun Parlement, je l’appelle la “ Biogée “, pour dire en un seul mot la vie et la Terre. C’est un pays dont nous sommes tous issus. Qui va représenter ce pays-là ? ». Nous avons voulu inviter le territoire chinois dans notre magazine.
Mais, le volontarisme de la puissance publique chinoise ne s’explique pas seulement par un souci écologique. Les énergies propres et vertes, les procédés et les produits qui permettent d’économiser l’énergie sont les services et les industries de demain. La Chine, grâce au « China price » et à l’importance de son marché est bien placée pour figurer parmi les leaders, voire pour prendre la première place, comme commencent à en témoigner les performances de Goldwin ou Yingli Solar. Les entreprises françaises (grands groupes ou PME) ne s’y trompent pas. Elles cherchent à nouer des partenariats dans ces secteurs (EDF, Schneider Electric, Air Liquide, Areva, Alstom), ou à mieux faire connaître leurs produits (PSA, Saint-Gobain). Elles proposent leurs services en matière de conseils, formation, bilan énergétique, financement (Gide, Bureau Veritas, Terao, CCFCME…).
Le gouvernement chinois a choisi de traiter le problème de façon totalement souveraine, sans autoriser de contrôle extérieur sur les résultats des actions qu’il mène. Mais d’ores et déjà la société civile chinoise (p. 54-55) s’y intéresse de près et pourrait demander des comptes. Quant aux nouvelles générations, elles commencent à petit pas à se préoccuper plus sérieusement de leur patrimoine géographique (p. 56) et à vouloir agir pour le préserver.

* http://french.peopledaily.com.cn/6845115.html
** Le Monde 22 décembre 2009

Anne Garrigue

 

Efforts chinois : le bilan officiel
A Copenhague, Wen Jiabao, le Premier ministre chinois a tenu à rappeler les efforts de la Chine pour lutter contre le réchauffement climatique. Extraits :
• Les efforts de la Chine ont porté dans cinq directions : mise en place de règlementations, efficacité énergétique, réduction du gaspillage et de la pollution, développement des énergies propres, moins émettrices de CO2, reforestation.
• La Chine est en train d’améliorer son système fiscal et d’élaborer un système de prix qui reflète mieux l’offre et la demande, le niveau de rareté et le coût environnemental des ressources énergétiques.
• La Chine a mis en place 10 grands projets, lancé une campagne d’économies d’énergie impliquant 1000 entreprises dans l’industrie, le transport, la construction et d’autres secteurs-clés, avec des projets pilotes en faveur d’une économie circulaire, de moyens de transports ou de produits de grande consommation, économes en énergie, et subventionnés.
• A la fin du premier semestre 2009, la consommation d’énergie par unité de PNB avait diminué de 13% par rapport au niveau de 2005. Entre 2005 et 2008, l’utilisation des énergies renouvelables avait augmenté de 51% (rythme annuel de 14,7%). La Chine est au premier rang pour la production d’hydro-électricité, la construction de nouvelles centrales nucléaires, la couverture en chauffe-eau solaires et en panneaux photovoltaïques.
• La Chine poursuit son effort de reforestation : entre 2003 et 2008, la couverture forestière chinoise a cru de 20,54 millions d’hectares, portant la totalité de la forêt plantée par l’homme en Chine à 54 millions d’hectares, la surface nationale la plus étendue au monde .

Glossaire
Adaptation
Capacité d’un système d’ajuster ses mécanismes, ses processus et sa structure à des changements climatiques hypothétiques ou réels.
Agenda 21
Plan d’action pour le XXIe siècle, adopté par cent soixante-treize chefs d’État lors du sommet de la Terre de Rio, en 1992. Ce texte non contraignant vise à intégrer les préoccupations concernant l’environnement et le développement dans les politiques territoriales de tous les Etats.
Année de référence
Année choisie pour établir le pourcentage de réduction des émissions de gaz à effet de serre que les Etats doivent atteindre. Pour l’ONU, l’année de référence est 1990.
Atténuation
Modification des techniques de production employées par l’homme dans le but de réduire les ressources engagées et les émissions de carbone.
Changement climatique
Changements de climat durables, attribués à des processus intrinsèques à la Terre, des influences extérieures (variations de l’activité solaire par exemple) ou des activités humaines. Le changement climatique anthropique est l’évolution du climat qui est attribuée aux émissions de gaz à effet de serre engendrées par les activités humaines et altérant la composition de l’atmosphère de la planète.
Compensation
Action par laquelle un pays, une entreprise ou un individu qui émet du CO2 rémunère un gestionnaire de ressources pour financer un projet réduisant en contrepartie les émissions de gaz à effet de serre. L’objectif est de compenser les émissions générées.

Empreinte carbone
L’empreinte carbone permet de quantifier l’impact direct et indirect des entreprises et organisations en identifiant et quantifiant l’ensemble des gaz à effet de serre générés par ces activités.
Equivalent CO2
L’émission d’équivalent CO2 est obtenue en multipliant l’émission d’un gaz à effet de serre par son potentiel de réchauffement global (PRG) pour la période de temps considérée. L’équivalent carbone, lui, concerne le seul poids du carbone contenu dans le CO2 émis. Un kilogramme de CO2 vaut 0,2727 kg d’équivalent carbone.
Gaz à effet de serre
Gaz qui contribuent à l’effet de serre, c’est-à-dire au réchauffement de l’atmosphère et de la surface de la Terre, en absorbant le rayonnement infrarouge thermique dégagé par la Terre et en le renvoyant en partie vers la surface de celle-ci. Les gaz à effet de serre concernés par les négociations sur le changement climatique sont le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4), l’oxyde nitreux (N2O), les hydrofluorocarbones (HFC), les hydrocarbures perfluorés (HFC) et l’hexafluorure de soufre (SF6).
Marché carbone
Aussi appelé « marché de permis d’émission », il s’agit d’un méca-nisme qui consiste à allouer aux « pollueurs » (Etats ou entreprises) des quotas d’émissions de CO2, que ceux-ci peuvent ensuite
s’échanger. Chaque émetteur de CO2 doit alors s’assurer qu’il détient autant de permis d’émission que ce qu’il va émettre. Dans le cas contraire, il se trouve contraint de réduire ses émissions ou d’acheter des permis. Inversement, si ses efforts de maîtrise des émissions l’autorisent à posséder un excédent de permis d’émissions, il peut mettre ceux-ci en vente. Le marché carbone est l’un des mécanismes de flexibilité prévus par le protocole de Kyoto.
Mécanismes de flexibilité
Outre le marché carbone, il existe deux autres mécanismes économiques prévus par le protocole de Kyoto pour atténuer les incidences économiques possibles des mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il s’agit de la mise en œuvre conjointe (MOC), qui permet à un pays développé de procéder à des investissements dans des projets réalisés dans des pays qui se sont également engagés à réduire leurs émissions de CO2), et du mécanisme de développement propre (MDP), qui fonctionne sur le même principe que la MOC, mais les investissements sont cette fois effectués par un pays développé dans un pays en voie de développement.
Puits de carbone
Un puits de carbone est un réservoir naturel ou artificiel qui absorbe le gaz carbonique de l’atmosphère et donc contribue à diminuer la quantité de CO2 atmosphérique. Les principaux puits de carbone naturels sont les hydrocarbures, les sols, les mers, les forêts tropicales ou encore les tourbières. REDD
REDD
Réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts. La déforestation représente environ 18 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, devant les transports. Le programme des Nations Unies pour la réduction des émissions dues à la déforestation, UN-REDD, vise à réduire ce chiffre en attribuant aux forêts une valeur financière fondée sur leur capacité de stockage de carbone. A terme, REDD conduirait les pays développés à payer les pays en développement dans le but de protéger leurs forêts afin de réduire ces émissions.
Sources : Glossaire du climat, Christian Brodhag, Florent Breuil, glossaire de La Documentation française,

www.climact.com/organisation.php

 

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