Les chantiers de l’Etat français

Une nouvelle ambassade et un nouveau lycée

Connexions n°52, novembre - décembre 2009

La nouvelle ambassade et sa tour de sept étages enveloppée de brise-soleil. Photo crédit: DR

Le chantier de construction de la nouvelle ambassade de France en République populaire de Chine s’est ouvert le 23 mars dernier sur un terrain de 20 000 m2 au croisement des rues Liangmaqiao et Tianze. Elle se situera donc au cœur du troisième quartier diplomatique de Pékin, non loin, entre autres, des ambassades américaine, nippone, israélienne et indienne.
Après de longues procédures pour déterminer les acteurs du projet et obtenir auprès de la municipalité de Pékin les quatre permis nécessaires à toute construction dans la ville, les travaux ont commencé pour 18 mois et devraient s’achever comme prévu à la fin de l’année 2010. Le squelette en béton armé du bâtiment a été terminé à la fin du mois de septembre, dans les délais.
Le choix du projet s’est fait en deux étapes. D’abord, l’équipe de conception a été sélectionnée à partir d’un concours européen d’architecture qui a été remporté par l’architecte français Alain Sarfati, assisté d’un bureau français, Ginger Sechaud Bossuyt, et de l’Institut de design de Pékin, Beijing Institute of Architecture & Design. Elle est franco-chinoise afin de mieux s’adapter aux normes de construction locales qui régissent le projet. Ensuite, un appel d’offres a été lancé en Chine et en Europe pour sélectionner l’entreprise de construction. Le projet du Beijing Construction and Engineering Group, organisme désormais privé autrefois attaché à la municipalité de Pékin, s’est démarqué grâce à sa valeur technique et son coût. L’entreprise retenue collabore aussi avec plusieurs experts ainsi qu’avec une équipe qualité, composée de Bureau Véritas et d’AES International, présente en permanence sur le chantier.
La future ambassade sera située dans un unique bâtiment de 19 950 m2 en forme de U, séparé en trois entités : la résidence, les services dont l’accès est restreint au public et ceux dont l’accès est plus libre tels que les services économiques, culturels et consulaires. Une paysagiste française est en charge de l’aménagement des 5000 m2 de jardins de la résidence, qui pourront accueillir des événements en extérieur.
Ce projet a d’abord été motivé par une nécessité pratique : pouvoir regrouper tous les services sur un même site.
En effet, l’actuelle ambassade occupe toujours les locaux où s’était établi le premier ambassadeur de France en République Populaire de Chine, en 1964 ! S’y ajoutent 45 ans après, sept autres sites éparpillés dans les alentours pour abriter les services économique, juridique, nucléaire, affaires sociales, sécurité intérieure, science et technologie, douanes, coopération et action culturelle et le cabinet médical.
Le nouveau bâtiment, qui pourra accueillir 270 à 300 agents, rassemblera l’ensemble des services diplomatiques ainsi que la résidence de l’ambassadeur dans une même enceinte, facilitant de ce fait le travail entre les différents services et contribuant ainsi à l’amélioration de la sécurité et de l’efficacité des échanges internes. Cela permettra également de rationnaliser les dépenses et de réduire les coûts, en économisant les loyers et en mutualisant certaines facilités comme les salles de réunion.
Cependant, l’objectif est aussi selon l’ambassadeur de « rappeler la continuité de l’engagement de la France dans la durée dans ce pays ». Le fait de quitter le système locatif répond en effet à une logique économique mais aussi à une certitude de présence pérenne. La construction d’une nouvelle ambassade sur un terrain dont le gouvernement français détient les droits d’utilisation pour 70 ans renouvelables une fois se veut un symbole manifeste de l’engagement de la France en Chine sur les sept décennies à venir.

 

Un nouveau lycée
Autre preuve de cette confiance que la France porte à son avenir en Chine, elle a décidé dans le même temps de se doter d’un nouveau lycée français international à Pékin, pour accueillir les élèves de plus en plus nombreux chaque année.
Le terrain où s’établira le lycée n’a pas été acquis au terme de négociations diplomatiques comme celui de l’ambassade, mais loué pour 20 années reconductibles. L’appel d’offres initial a donc porté sur une proposition globale incluant un projet de construction et un terrain privé à louer. La Commission de sélection constituée de représentants de l’Administration, de la communauté scolaire et de personnalités chinoises qualifiées a attribué le projet à l’unanimité au consortium Beijing East Land Properties/Jacques Ferrier. Le premier est un promoteur immobilier chinois qui détient les droits d’usage sur le terrain et le second est l’architecte français qui réalise en ce moment le Pavillon national pour l’Exposition Universelle Shanghai 2010. La société DHV, filiale d’un groupe d’ingénierie hollandais, pour le « project management » ainsi que le cabinet d’études chinois CAD sont également partenaires de ce projet.
Le contrat de location de l’emplacement actuel du lycée étant lié au contrat de l’actuel terrain occupé par l’ambassade, les deux structures doivent déménager en même temps, ce qui explique les délais serrés du projet.
En effet, alors que celui-ci entre à peine dans sa phase d’études techniques et d’obtention des certificats d’urbanisme, l’appel d’offres pour sélectionner l’équipe de construction est prévu au printemps prochain afin que les travaux débutent à l’été 2010 et que les élèves y effectuent leur rentrée à l’automne 2011.
Le nouveau lycée s’établira sur un terrain de 40 000 m2 au cœur du « Central Villa District » qui se situe dans le district de Chaoyang, près de la Western Academy of Beijing (WAB). L’unique bâtiment, d’une surface de 14 000 m2, permettra de réunir les écoles maternelle et primaire ainsi que le collège et le lycée. Sa forme originale rend possible la séparation des entrées des écoles maternelle et primaire de celles du collège et lycée afin de dissocier ces différentes populations d’élèves, tout en ménageant des continuités pour faciliter le travail des personnels et enseignants.
Les rez-de-chaussée accueilleront les espaces collectifs comme les centres de documentation ainsi que l’administration, la salle des professeurs et autres fonctions partagées. Ils seront aussi réservés aux classes de maternelle, tandis que les primaires seront limités à deux niveaux en hauteur et trois pour les classes de collège et lycée.
Tous les espaces extérieurs s’ouvriront sur des espaces verts et des installations sportives, un gymnase intérieur est également prévu ainsi qu’un restaurant situé dans un pavillon à part au milieu du verger.
D’un point de vue pratique, une zone de dépose pour les bus ainsi qu’un parking temporaire pour les parents d’élèves sont intégrés au plan actuel, et la future ligne de métro n°15 en construction s’arrêtera à quelques centaines de mètres du lycée fin 2010.
Ce nouveau lycée permettra d’accueillir 1 500 élèves et le projet retenu contient une réserve foncière susceptible de permettre une extension ultérieure à 2 000 élèves ou la construction d’équipements collectifs supplémentaires comme une piscine ou un internat.

Catherine Debeaumarché