Des entreprises françaises au coeur du Sichuan
Connexions n°52, novembre -décembre 2009

 

Sogreah, la société d’ingéniérie spécialiste des questions d’environnement vient de consacrer 18 mois à la reconstruction de bâtiments publics (écoles, hôpitaux…).

La nouvelle école de Huaying (Sichuan) a ouvert ses portes à la rentrée 2009. © Imagine China

C’est dans les décombres du séisme du 12 mai 2008 que Sogreah a démarré une de ses dernières missions en date en Chine : dix-huit mois consacrés à l’assistance technique à la reconstruction d’écoles, d’hôpitaux et de bâtiments publics dans les environs de Wenchuan, l’épicentre du tremblement de terre qui a fait près de 70 000 morts et 4,5 millions de blessés, l’an dernier.
Le spécialiste des questions d’environnement, qui se définit lui-même comme un ingénieur conseil indépendant, s’est associé à deux autres acteurs francais,Bureau Veritas et l’agence d’architecture AREP pour conseiller le Bureau de la Santé et celui de la Construction de la province du Sichuan et la préfecture de Longnan, dans le Gansu voisin. « Nous fournissons une assistance technique auprès des bureaux de gestion de projets gouvernementaux destinés à la reconstruction », explique Gary Moys, directeur de Sogreah en Chine. Les équipes sont en place depuis janvier 2009 à Chengdu et depuis mars à Longnan, « mais nous espérons rester plus longtemps pour suivre les chantiers » glisse le responsable. Il faut dire que le cabinet de conseil n’est pas novice en la matière. Sogreah avait travaillé sur un projet de reconstruction post-tsunami en Indonésie en 2005.
Le consortium d’ingénieurs français ainsi constitué aide les autorités locales chinoises à préparer leur dossier de demande de prêt à la Banque mondiale, qui s’élèverait à 750 millions de dollars, pour qu’il soit favorablement évalué. Les trois entreprises ont reçu 2 millions d’euros de subventions de la part du gouvernement français, qui s’est particulièrement impliqué dans l’effort de reconstruction. Un effort largement relayé. Très rapidement après la catastrophe, l’Agence Française de Développement avait promis un prêt de 150 millions d’euros, le plus important dans un cadre bilatéral, et 15 millions d’euros avaient été apportés par les membres de la Chambre de Commerce et d’Industrie Française en Chine.
L’ampleur de la tâche est énorme. « A Chengdu, on ne pouvait pas trop se rendre compte des dégats engendrés par le séisme, en revanche à Longnan, il y avait des fissures dans tous les murs de notre bureau quand on a commencé la mission », se souvient Gary Moys. L’étude de faisabilité des travaux de reconstruction n’est donc pas une mince affaire. Dix-huit mois à passer au crible quelques centaines de projets, répartis en lot, sur six municipalités. Environ une soixantaine d’hôpitaux et de cliniques sont compris dans ces projets. « On s’attaque aux lots au fur et à mesure, mais dès qu’une étape est finie pour l’un, on s’intéresse à un autre, on mène donc tout en parallèle », précise le responsable. L’expertise du français intervient dans de nombreux domaines.
L’entité française assure également une tâche de formation pour la mise en place des unités de réalisation des projets qui pilotent les travaux une fois lancés dans chaque village et canton concernés. Les consultants s’intéressent aussi de près à l’instauration d’un système de management de l’information, qui permet notamment de gérer les cordons de la bourse de chaque projet.
L’approche de Sogreah montre une connaissance très concrète du terrain, importante pour assurer la reconstruction dans l’esprit des projets élaborés. Un des objectifs de la mission des consultants français est, par exemple, de mettre en place des normes sismiques de niveau international. « Sur le papier elles ont déjà le même niveau en Chine que dans le reste du monde, mais dans la réalité elles ne sont pas toujours prises en compte et cela nous contraint à changer jusqu’au concept du projet », note le consultant. Dans ces conditions, on comprend l’importance d’avoir deux bureaux sur place, à Chengdu et à Longnan, avec des équipes permanentes le temps de la mission. D’autant que les tâches peuvent varier d’un site à l’autre. « A Chengdu, nous sommes arrivés dans un bureau de gestion de projet très expérimenté, qui avait surtout besoin de beaucoup de main-d’oeuvre pour travailler vite. Alors qu’à Longnan, le bureau était moins expérimenté et avait plutôt besoin d’aide en matière de gestion de projet », raconte le directeur. Aux huit collaborateurs permanents s’ajoutent une dizaine d’experts internationaux mis à contribution pour des missions de courte durée et une trentaine d’experts nationaux qui se déplacent un peu plus longtemps. « A ma connaissance, nous sommes les seuls consultants en permanence présents sur le site de Wenchuan », souligne Gary Moys.Pour compléter cette expertise, l’agence AREP apporte son savoir-faire en matière de planification et de transport et Bureau Veritas sa maîtrise concernant la mise en place et le contrôle des normes. Déjà présentes en Chine, les deux sociétés ont justement été choisies pour leur connaissance du terrain. « Notre rôle est aussi de promouvoir les entreprises françaises », rappelle le directeur de Sogreah. Après le Nouvel an chinois, l’ingénieur conseil prévoit d’ailleurs d’emmener une délégation de sociétés françaises sur le terrain de la reconstruction.
En attendant, la filiale de Sogreah, enregistrée à Canton, continue d’assurer la coordination pour tout le pays à partir de deux autres branches ouvertes à Shanghai et à Pékin. Elle travaille sur une douzaine de sites dans les quatre coins de la Chine. Présent depuis vingt ans, mais en filiale seulement depuis 2005, Sogreah travaille à la fois pour des grands bailleurs de fonds internationaux – Banque mondiale, mais aussi Banque asiatique de développement ou Union européenne – et des entreprises privées – Veolia, Suez... « Jusque fin 2008, nous tirions 60 % de nos revenus du public et 40 % du privé, mais, avec la crise, la part du secteur public a fortement augmenté », observe Gary Moys.

Julie Desné