Béthel
Connexions n°52, novembre - décembre 2009

 

Créé par un couple de Français, Bethel Chine a ouvert un centre d’accueil pour 70 enfants, dans la banlieue de Pékin.

Naître non-voyant en Chine signifie souvent avoir devant soi un destin malheureusement tout tracé. Pour des milliers d’enfants, le handicap mène à l’abandon par des parents pris entre la contrainte de la politique de l’enfant unique et la nécessité d’avoir un descendant capable de les entretenir pendant leur vieillesse. Rejetés par leurs proches, ils finissent bien souvent dans des orphelinats et, pour les plus chanceux, à Pékin, au centre d’accueil de l’association Bethel, une des ONG les plus actives dans le soutien aux enfants aveugles.
Fondée en 2002 par un couple de Français, Guillaume et Delphine Gauvain, Bethel a fait de la lutte contre la solitude, la pauvreté et les maltraitances son objectif principal à travers un projet nommé « L’amour est aveugle ». Dans la banlieue de la capitale chinoise, sur une surface de dix-sept hectares, l’association a construit un centre d’accueil constitué d’une école, d’un dortoir et d’une ferme. A l’intérieur, les fondateurs de Bethel offrent du soutien et une éducation à prés de 70 enfants, tout en s’occupant à des travaux de ferme : faire pousser les légumes, élever les poulets et récolter les œufs pour l’ensemble de la petite communauté. Les enfants sont accueillis dans sept maisons où ils sont suivis 24 heures sur 24 par des instituteurs professionnels formés par le centre qui s’évertuent à recréer une véritable ambiance familiale. Tout comme dans une famille, les petits apprennent à s’intéresser à un métier et peuvent choisir une activité : l’agriculture, le jardinage, la traduction ou encore la musique.
« C’est après avoir accueilli notre fils adoptif que nous avons cherché à aider plus d’enfants », explique Guillaume Gauvain, le père de famille, « Il y a aussi le désir de fonder un projet pionnier visant une population ne recevant quasiment aucune aide ». En fait, les enfants de Bethel arrivent ici principalement grâce au bouche-à-oreille. « Les orphelinats entendent parler de nous par des amis ou à travers de stages de formation nationaux », précise le fondateur français. L’association se consacre tout autant à faire changer les mentalités et la perception du handicap, encourage une meilleure reconnaissance sociale de l’enfant aveugle. Chaque année, les instituteurs de Bethel forment le personnel de nombreux orphelinats d’Etat, ce qui permet à l’établissement de toucher un nombre encore plus important d’enfants. La dernière formation en date a été lancée en septembre dernier. Il s’agit soit d’apprendre le Braille dans 500 orphelinats nationaux et de permettre ainsi à plus de cinq mille enfants d’obtenir un accès direct à l’information via un Internet adapté à leur handicap.
A travers ces collaborations avec des orphelinats entièrement gérés par l’Etat, l’association est également qualifiée pour préparer les mineurs destinés à l’adoption, une démarche qui se fait toujours par l’intermédiaire des agences publiques.
Pourtant, malgré les succès et l’engagement à long terme, et comme toutes les associations, Bethel n’a pas la vie facile. « Bethel est enregistrée dans bon nombre de pays en tant que fondation, association ou autre, selon les législations locales en vigueur. En Chine nous ne pouvons fonctionner que via un partenariat avec la China Association of Social Work Children’s League », une émanation étatique. Tous les ans, Bethel a besoin de 360 000 dollars pour continuer à exister, des fonds jusqu’à présent récoltés uniquement grâce à des dons privés. L’amour est aveugle dit-on, mais Bethel espère néanmoins que les institutions chinoises ouvriront rapidement les yeux sur ses activités et proposeront des solutions pour assurer sa survie.

Antonia Cimini

www.bethelchina.org