La Chine épargne-t-elle trop ?
Connexions n°52, novembre -décembre 2009

 

 

 

 

51%.

C’était le taux d’épargne chinois par rapport à l’ensemble des revenus du pays en 2007, dernière année disponible dans les statistiques officielles. Il ne faut pas confondre ce chiffre global avec le niveau d’épargne des ménages.
Ce taux d’épargne global additionne l’épargne des ménages, celle des entreprises et des administrations. Il a globalement fortement progressé puisqu’il était un peu inférieur à 40% en l’an 2000. Il est aussi devenu très « excédentaire » : l’excédent des paiements courants du pays, qui en comptabilité nationale correspond à l’écart entre l’épargne et l’investissement, atteignait 11% du PIB cette même année 2007, alors qu’il était proche de 0 au début de la décennie.
Il est donc de notoriété publique que la Chine « épargne trop ». Mais qui épargne et pourquoi ?
On parle beaucoup des ménages chinois, dont le taux d’épargne est effectivement élevé puisqu’il frôle 38% des revenus en 2007 (contre 13% pour la France ou à peine 4% pour les Etats-Unis). Ce taux d’épargne a progressé par rapport aux revenus, mais dans le même temps la part de ces revenus dans la richesse nationale a fortement diminué, passant de 68% à 58% sur la période 1998-2007. Rapportée au PIB l’épargne des ménages reste située autour de 20%, ce qui correspond à une part minoritaire du taux d’épargne global.
Le développement des politiques sociales devrait progressivement diminuer le besoin d’épargne des ménages. Mais c’est un processus de long terme qui implique des réformes particulièrement complexes dans des domaines comme la santé ou les retraites. Ces réformes sociales ne vont donc pas modifier rapidement les comportements des ménages, et leur niveau absolu d’épargne dépendra in fine davantage de la progression des revenus, qui est pour le moment ralentie par la crise.
Il ya probablement des solutions plus rapides à trouver du côté des entreprises dont le taux d’épargne, correspondant à leur résultat brut d’exploitation, est passé de 13 à 18% du PIB au cours des dix dernières années. Parmi ces entreprises ce sont surtout les entreprises d’état et les monopoles publics qui ont dégagé des surprofits et versent très peu de dividendes. Une solution techniquement simple consisterait à les taxer davantage pour financer les dépenses sociales. C’est une solution que la Banque Mondiale recommande depuis un certain nombre d’années, sans résultat à ce jour car le lobby des entreprises d’Etat sait se défendre. D’autres changements sont liés à la poursuite des réformes : libéralisation des taux d’intérêt, suppression des subventions publiques, des prix administrés, développement de la concurrence dans les secteurs protégés, libéralisation des services.
La troisième source d’épargne nationale est tout simplement l’Etat (central ou provincial). Or, sur la période de 2005 à 2007, c’est le revenu des administrations qui a le plus progressé, à un rythme de plus de 25% par an, alors que la dépense publique progressait nettement moins vite. Standard Chartered estime que les recettes publiques augmenteraient de quatre points de PIB supplémentaires si l’on intégrait la vraie valeur des ventes de terrain. Globalement le surplus d’épargne des administrations expliquerait à, lui seul l’essentiel de l’excédent d’épargne du pays.
La bonne nouvelle de 2009 est que l’Etat, à travers un plan de relance, a fortement augmenté ses dépenses au moment où les recettes budgétaires diminuaient : l’excédent des paiements courants s’est aussitôt contracté à 6,5% du PIB (contre près de 10% en 2008). Mais il faudrait que l’Etat continue à recycler ses excédents vers les ménages par des réductions d’impôts ou par l’accroissement des transferts sociaux pour éviter une nouvelle accumulation d’un surplus d’épargne vis-à-vis du reste du monde dont la Chine ne sait plus que faire.

 

* Chef de la Mission économique en Chine

www.missioneco.org/chine