Connexions n°54, juillet 2010
14,2 %.
Après deux révisions statistiques, c’est le chiffre final publié en avril dernier de la croissance du PIB chinois en 2007 (d’abord estimée à 11,9 % en janvier 2008, puis réévaluée une première fois à 13,0 % en janvier 2009). Ce sont ainsi plus de 1 600 milliards de Rmb de production, essentiellement dans le secteur tertiaire, qui avaient échappé au Bureau national des statistiques (BNS) chinois lors de ses premières estimations. La révision porte également sur les deux années antérieures et réévalue le taux de croissance de 2005 à 11,3 %, celui de 2006 à 12,7 %. La révision des chiffres du PIB en Chine est un processus habituel mais d’autant plus nécessaire que, malgré la taille du pays, le BNS publie ses premières estimations en un temps record : deux semaines seulement après la fin de la période concernée — quand le délai est d’un mois aux Etats-Unis et d’un mois et demi en France.
Ces nouveaux chiffres conduisent à un constat simple : depuis 2003, la taille de l’économie chinoise double tous les quatre ans. Dès 2007, la Chine est donc devenue la troisième puissance économique mondiale devant l’Allemagne. Dès 2009, son PIB la plaçait encore au coude à coude avec le Japon mais, le chiffre étant encore provisoire, il y a fort à parier que les révisions statistiques ultérieures montreront qu’elle s’est déjà hissée au deuxième rang mondial. De surcroît, ces comparaisons internationales étant effectuées en dollars américains, la probable réévaluation du Rmb dans les années à venir accélérera cette montée en puissance chinoise. La Chine apporte ainsi incontestablement la première contribution à la croissance du PIB mondial depuis plusieurs années. Mais, d’un point de vue macroéconomique, cette performance est trop souvent hâtivement interprétée comme une contribution à la croissance du reste du monde. La Chine fait progresser le PIB mondial parce qu’elle produit plus, mais du point de vue de la demande — autre manière d’interpréter le PIB —, son économie a été dominée au cours des cinq dernières années par l’investissement et les exportations. Or seule une accélération de la consommation et des importations chinoises pourrait véritablement bénéficier au reste du monde (entendu de façon agrégée).
Bien que le taux de croissance du PIB de 2007 s’avère être le plus élevé depuis 1984, la révision d’avril dernier est passée inaperçue, le BNS n’ayant pas souhaité l’accompagner de communication officielle. La discrétion des autorités reflète peut-être un certain malaise devant le dynamisme insolent de l’économie chinoise malgré la crise et alors que les inégalités intérieures continuent de progresser. Plusieurs autres chiffres ont en effet été publiés ces dernières semaines qui soulignent l’urgence d’une meilleure redistribution des richesses en Chine. La part des salaires dans le PIB a continûment diminué depuis 1983, passant de 57 % à 37 % aujourd’hui. Le coefficient de Gini, qui mesure les inégalités de revenus à l’intérieur d’un pays, ne cesse quant à lui d’augmenter. La Chine était l’un des pays les plus égalitaires au monde au début des années 1980, elle est devenue en trois décennies l’un des plus inégalitaires. Ces évolutions déséquilibrées donnent la mesure des bouleversements profonds et brutaux que traverse la société chinoise et rappellent que tout n’est pas si « graduel » en Chine… à commencer par la croissance du PIB.
* adjoint au Ministre conseiller








